Astérix ou le mythe de Napoléon

10 Nov

téléchargementLa sortie très médiatisée d’Astérix chez les pictes m’a donné envie de relire Astérix, le vrai, l’unique, celui de Goscinny et D’Uderzo. Et là, merveille, je redécouvre Astérix tel que je ne l’avais pas compris enfant car il me manquait certaines clés.
Au delà de références historiques, culturelles et de plaisanteries latines dont les opus sont truffés, quelques uns sortent encore plus du lot et font une relecture des guerres Napoléoniennes. A l’heure à ces dernières sont de moins en moins étudiées, bien-pensantisme et ignorance allant de pair, je vois mal les écoliers actuels y comprendre quoi que ce soit si ce n’est les bagarres et les sangliers. Il est donc temps de remettre les pendules à l’heure pour les retardataires.

Si on ne devait prendre que deux albums pour illustrer mon discours ce serait Astérix en Corse qui fait une relecture d’Austerlitz et Astérix chez les Belges qui retrace Waterloo.

asterixencorseAstérix en Corse est le vingtième album de la série de bande dessinée Astérix de René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin), publié en 1973. Situé en Corse, Goscinny ne se prive pas de faire une référence explicite à Napoléon tout le long de l’oeuvre, en voici quelques exemples :

asterix_corseLes « groinnk » qu’utilisent les chefs corses pour se reconnaître entre eux fait référence aux Grognards de Napoléon. D’ailleurs peu après, le chef de clan Corse appelle ses hommes des grognards. Grognards est le nom donné aux soldats de la Vieille Garde de Napoléon Bonaparte. Ils étaient les plus expérimentés de la Grande Armée, mais aussi les plus fidèles à l’empereur, qui les avait surnommés ainsi car ils se plaignaient de leurs conditions de vie. La Garde impériale constituée en jeune, moyenne et vieille Garde, unité prestigieuse, sert de réserve dans les batailles : elle n’est engagée qu’au moment décisif, ou même mieux, ne combat pas. Ainsi, de nombreux bulletins de victoire se terminent par les mots : « La Garde n’a pas donné ».  Et quand elle donna, on peut dire qu’elle fait la différence. Les exemples de leur valeur sont nombreux mais citons à titre d’exemple le comportement héroïque des deux carrés du 1er Grenadiers de la Vieille Garde à Waterloo chargés de couvrir la retraite de l’empereur et qui firent face à 2 armées en maintenant les rangs. Taille moyenne des soldats : 1m90, ancienneté moyenne dans un corps d’élite sur des combats assez acharnés = 10 ans.  4 grenadiers sur 10 y sont récipiendaires de la légion d’honneur. A cette époque, la légion d’honneur récompensait les actes de bravoures extrêmes. 

Lorsque le chef du clan Corse voit les différents clans s’acheminer vers le lieu de bataille, il s’exclame : »C’est une grande armée » en référence à la Grande Armée Impériale.

asterix

Un chef de clan arrive en retard au rendez-vous, le précédent s’exclame « Il est célèbre le sommeil d’Osterlix » pour faire référence au soleil d’Austerlitz. Le 2 décembre 1805, un an jour pour jour après son sacre, l’empereur Napoléon 1er remporte à Austerlitz la victoire. En quelques heures, sous un soleil hors saison, il vainc deux autres empereurs, Alexandre 1er, tsar de Russie, et François II de Habsbourg, empereur romain germanique (ou empereur d’Allemagne). Austerlitz est appelée pour cela : bataille des Trois empereurs.

L’album se conclut sur « Pour que les corses acceptent un empereur, il faudrait qu’il soit corse lui-même! ».

 

 

asterixchezlesbelges

Astérix chez les Belges est publié en 1979. C’est le dernier publié par Goscinny et ironie du sort, il fait référence à Waterloo ou le crépuscule Napoléonnien. Goscinny aura donc pu clôre son rendez-vous avec l’empereur. Outre les références belges et les jeux de mot propres aux albums d’Asterix, La bataille finale p 35 à 45 paraphrase le déroulement de la bataille de Waterloo (en Belgique) telle que la raconte Victor Hugo dans dans son poème L’Expiation (Les Châtiments ). D’où la petite note de Goscinny sur la page de garde de l’album remerciant ses confrères, Brueghel l’Ancien et Victor Hugo. 

Les châtiments
livre V – L’autorité est sacrée
13 – L’Expiation II

1/ Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! 

Le chef Belge propose une bataille à César : Alors, tu proposes à César une entrevue dans la morne plaine voisine.
A propos d’un plat local pris juste avant la bataille: Waterzooi, waterzooi, morne plat !

Pour préparer la bataille, César/Napoléon prévoit le même plan qu’à chaque fois : artillerie d’abord, garde en réserve : « Je te confie les légionnaires de ma Garde personnelle. Il n’interviendront qu’en dernier recours. Nous ouvrirons le combat avec les catapultes. »

(…)
2/ Le soir tombait : la lutte était ardente et noire.
Il avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois.

Version Astérix cela donne : « Le soir tombait : la lutte était ardente et noire.
César avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait les Belges acculé sur un bois. »(..)

3/ Soudain. joyeux, il dit : Grouchy ! – C’était Blucher
L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme,

Version Astérix cela donne : Soudain. joyeux, il dit : Wolfgang Amadeus ! – C’était Astérix

4/ L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme, (…)

Pompé tel quel par Goscinny.

5/ Allons ! faites donner la garde, cria-t-il !

Pompé tel quel par Goscinny.

(…)

6/ Et Lanciers, Grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires, 
Cuirassiers, Canonniers qui traînaient des tonnerres, 
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

Et, triarii, principes aux caligae de cuir,
Hastati dont Rome faisait des légionnaires,
Vélites, sagitarii qui trainaient leut crinnière
Portant des clipeus et jambières de métal,
Tous ceux d’Alésia et ceux de Pharsale …

(…)

7/ Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête, 
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’empereur !

Comprenant qu’ils allaient drôlement déguster,
Leur bouche, d’un seul cri, dit :
– C’est pas un peu fini ? Arretez !!!

8/ La Déroute apparut au soldat qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut!

La déroute apparut au légionnaire qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria :
– Sauve qui peut ! Sauve qui peut !

9/ Le mot de Cambronne
On sort du poème pour ensuite faire allusion à la célèbre phrase attribuée à Cambronne que les Anglais sommaient incessamment de se rendre : « La Garde meurt et ne se rend pas ». Apparemment, en réalité, il leurs aurait plutôt suggéré d’aller se faire foutre. Donc l’une et l’autre des citations historiques qui lui furent attribuées (« La garde meurt et ne se rend pas », ou bien « merde ») seraient inexactes.

Astérix rétablit toutefois une certaine vérité historique puisque quelques vignettes plus loin, il fait dire à un soldat : « Tu sais ce qu’elle te dit la Garde?! »

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2 Réponses to “Astérix ou le mythe de Napoléon”

  1. Jacques JANSSENS 04/04/2015 à 11:55 #

    Je souhaiterais utiliser votre article avec le nom de l’auteur sur mon site…, pouvez-vous me contacter?

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